Familles Laïques

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Politique familiale

La représentation politique des familles, parentalité et sexisme

La représentation politique des familles ainsi que l’établissement d’un suffrage familial est dès l’origine la colonne vertébrale du mouvement familial.

    Dès 1875, cette conception de la représentation qui repose sur des bases corporatistes s’oppose frontalement à l’établissement de la République ! (la III ème). D’autant que les républicains, travaillent juridiquement, par les lois qu’ils vont mettre en œuvre,  à l’émancipation de l’individu (loi sur le divorce d’Alfred Naquet du 27 juillet 1884, loi sur la déchéance paternelle de 1889 etc…) et surtout les lois laïques (instruction publique et séparation de l’Eglise et de l’Etat reprenant la philosophie de Condorcet (qui allait jusqu’à accorder le droit de vote aux femmes ; ce que ne fera pas la III ème République).

    Mais la IIIème République va reconnaître les liens familiaux hors mariage : reconnaissance des enfants naturels, des enfants adultérins et incestueux et enfin la loi sur la recherche de paternité du 16/11/ 1912.

    Sans caricature aucune, pendant toute la durée de la III ème République, l’affrontement idéologique et politique se fera entre la conception d’un Etat fondé sur la défense des valeurs protectrices de l’individu et une conception de l’Etat constitué au moins partiellement par les pères de familles nombreuses ! C’est ce que prévoit en novembre 1942,  par décret de Pétain, l’établissement de la coordination des associations familiales (une par canton, et ne peuvent adhérer à ces associations que les pères de familles de trois enfants et plus…) Ainsi s’incarne « le nec plus ultra de la famille patriarcale »…

    Le corporatisme familial fait de la famille la vraie cellule de base de la société, disent les familialistes et qui, de ce fait, possèderait des droits imprescriptibles antérieurs et supérieurs à la loi positive. L’institution du vote familial (qui existe au sein de l’UNAF et ratifié par deux fois par la République : ordonnance du 5 mars 1945 et loi du 15 juillet 1975) répond à une fonction idéologique : celle de raffermir les valeurs familialistes d’antan, nostalgie d’une famille mythique, biblique, sinon disparue ou en voie de disparition si tant est qu’elle ait existé…

    L’institution de la représentation familiale ainsi reconnue par deux fois va alterner les discours à propos de la famille en un discours idéologique profondément conservateur et réactionnaire chaque fois que la société libérale effectuera des avancées libératrices (reconnaissance des familles monoparentales et mise en place de l’allocation parentale isolée, lois sur l’avortement et la contraception, loi sur le mariage pour tous, etc…)et un discours à prétention technique sur le contenu des politiques familiales qui déplace la famille comme sujet politique ou juridique en objet d’étude sociologique, psychologique qui justifie des missions d’appui et de conseil. En un siècle, on est passé de l’interdiction de se mêler du fonctionnement de la famille (position catholique : voir discussion sur la déchéance paternelle…) à l’intrusion de « spécialistes » chargés d’analyser, de conforter, de soutenir la cellule familiale…

    Rappelons que le travail social auprès des familles a été inventé par l’Abbé VIOLET qui va tracer un autre chemin d’accès à la cellule familiale et de conseil aux mères… dans le strict respect des rôles assignés à chacun dans le couple par la société et la morale de l’époque…

    Mais, cela ne suffit pas à inverser l’image conservatrice de l’UNAF et son déficit de proposition, car depuis les années 1970, on assiste à une diversification des modèles familiaux qui a entraîné une défiance des acteurs sociaux à l’égard du mouvement familial…

    D’ailleurs, les Conférences annuelles de la Famille créées par Jospin auxquelles de Villepin a mis fin, ou la création de la délégation interministérielle à la famille ouverte à d’autres partenaires que l’UNAF visaient à techniciser les débats et à mettre à distance le discours classique des familialistes.

    En 1997, Jospin nommé premier ministre met en cause dans son discours de politique générale le régime des prestations familiales qui avantage les familles nombreuses dont les revenus se situent à quatre fois le SMIC et au-delà, –le tout sans concertation aucune avec l’UNAF et entraîne aussitôt une levée de boucliers et menaces de manifestations. Pour sortir du blocage et du mécontentement  des familialistes, c’est l’UNAF, par l’entremise d’Hubert BRIN, son président qui fera la proposition technique retenue par le Premier ministre : à savoir un abaissement du plafond du quotient familial, alternative à celle du gouvernement. Cette mesure présentait les mêmes avantages financiers pour le gouvernement mais sans l’acception idéologique que la mise sous conditions de ressources affichée dans le projet original… !

    C’est à partir de cette date-là que l’UNAF va renforcer sa capacité d’expertise sur tout un tas de sujets liés à la famille et à la politique familiale pour « désidéologiser » les débats… Cependant, en 2014 et 2015, Laurence Rossignol, Ministre de la Famille, reprend la même technique de modulation des allocations familiales pour les hauts revenus et se verra opposé les mêmes arguments que contre Jospin…

    Dès lors, la politique dans le champ familial peut se déplacer du familialisme au parentalisme…

    On va assister à un surinvestissement de l’enfant et par ricochet le « métier » de parent fait son apparition dans le vocabulaire… !

    La technisation de cette posture a envahi tous les champs sociétaux : judiciaire, sociologique, pédiatrique, psychanalytique, etc.

    La parentalité dit ce que doit être et ce que doit faire la famille pour être au mieux : elle devient normative … sous l’impulsion de différents spécialistes missionnés pour dire la norme même si au départ cela n’a pas cette prétention…

    En clair cette parentalisation de différents champs du savoir et domaines d’action publique ces 20 dernières années marque l’épuisement du familialisme classique, son épuisement idéologique parce que discrédité par la tentative d’imposition d’une morale d’Etat. Le « parentalisme » marque un petit progrès à condition de reconnaître aussi la diversité des parents : « beaux-parents ou parent social, grands-parents et parents des familles recomposées, mono-parents, homo-parents, nouvelles filiations et nouvelles parentalités.

    Dorénavant, c’est l’enfant qui fait la famille.

     Mais les ambiguïtés se sont accrues au fur et à mesure que les familialistes se sont emparés de la thématique. En effet, sous l’influence des idées post-68, une redéfinition des rapports familiaux s’opère dans le sens d’une reconnaissance des besoins de chacun quels que soient sa place, son âge, son régime matrimonial. L’autonomie des individus, leur réalisation personnelle tant au plan professionnel, que familial, affectif ou sexuel devient l’horizon à atteindre. C’est la qualité de la relation qui prime sur l’institution.

    Le « bon parent » est celui qui s’implique pleinement dans la relation parentale et affective. Les qualités qu’on attend d’un enfant changent également : il doit s’épanouir, réussir et être heureux. On attend de la mère qu’elle soit psychologue, attentive. Face à la pénurie de l’offre de garde d’enfants de moins de 3 ans dans les années 1990 et 2000 se mettent en place les thématiques de la conciliation vie familiale / vie professionnelle mais dont l’arrière-pensée est dirigée surtout vers les femmes des classes moyennes…

    En effet, les salariées modestes souvent à temps partiel, CDD ou intérim, donc à statut précaire ont intérêt à opter pour le congé de maternité à trois ans, ce qui surtout après une deuxième ou une troisième naissance représente une trappe à chômage ! Le CNAFAL propose d’une part un droit de tirage en termes de formation pour les femmes élevant leurs enfants au foyer et l’ouverture prioritaire d’offre de garde à enfants pour leur permettre de retrouver une activité professionnelle et une qualification.

    En effet, les hommes ont inscrit leurs perspectives professionnelles dans le cadre d’un projet initial élaboré longtemps à l’avance alors que pour les femmes cela ne va pas de soi et cela se négocie par étape au sein du couple – d’un côté, l’évidence ; de l’autre, la contingence … La reformulation des représentations de chacun à l’intérieur du couple selon des rôles sexués revient en force avec la « pression» exercée sur les femmes sommées de remplir au moins pour les 6 premiers mois leur fonction maternelle. Maternage et paternage se redéfinissent en fonction de postulats préétablis : la « compétence », nouveau vocabulaire utilisé à prétention scientifique permet ainsi de postuler à l’avance qu’elle va de soi ;  en quelque sorte, elle serait innée et renvoie ainsi les femmes à leur rôle traditionnel – C’est ainsi que la garde alternée a du mal à s’imposer. C’est ainsi que le congé paternel étendu à 6 mois a provoqué une levée de boucliers car, selon les familialistes, on allait sacrifier la « carrière » des hommes.

    Il est à noter aussi que sous l’ère Sarkozy, Ministre de l’Intérieur et Président, lorsqu’on débattait de la délinquance des jeunes mineurs ou du décrochage scolaire, curieusement, pour les familialistes c’était la faute aux mères qui ne restent plus au foyer pour élever leurs enfants… !

    L’égalité des droits et des statuts a toujours du mal à entrer véritablement dans les faits… !

    Parentalité / Parenté : système de représentation et de consultation sociale qui établit des repères généalogiques aux membres des familles (parfois différent d’une société à l’autre : voir les apports de l’ethnologie) – à travers toute une série de droits, de devoirs, d’interdits qui forment un système d’interprétation sociale des échanges familiaux. Ces systèmes d’interprétation ne sont pas naturels pas plus que la famille ne l’est ; c’est une construction sociale qui consiste à organiser le groupe familial de la manière la plus homogène possible pour pouvoir perdurer.

    Ce sont donc des éléments sociaux et culturels qui modèlent les mœurs et les institutions ; l’idéologie essentialiste et naturaliste, qui inspirent les familialistes, prétend que le sexe biologique détermine tous les caractères physiques et moraux de l’individu … Or le sexe humain n’est jamais purement biologique ; il obéit à des normes élaborées par la société et qui évoluent au fil du temps : par exemple, jusqu’au XXème siècle, il était admis comme une évidence que la virilité, la force vouaient l’homme au pouvoir ! Virilité et féminité sont des constructions sociales.

      Les débats de ces vingt dernières années à propos des nouvelles filiations et des nouvelles parentés ont, là aussi, entraîné un « retour du refoulé patriarcal » chez certains psychanalystes : la place du père menacée dans l’ordre symbolique des lois ! (sic)

    Et c’est ainsi que certains essayent de « reconstruire » un ordre patriarcal à travers la psychanalyse ; l’empereur romain Constantin rallie le christianisme en 337 : c’est les débuts du Césaro-papisme, l’édification d’une société très hiérarchisée La « fondation » du Père en Occident est recherchée dans le droit canon. Et depuis le droit romain, la fonction du père est liée au pouvoir de l’Etat !

    L’égalité, quand elle s’applique aux pouvoir des hommes, est forcément déstructurante ! Puisqu’elle bouscule une hiérarchie millénariste…

     Sociologues, psychologues, juges, beaucoup de ceux qui ont à voir avec la famille, mais pas tous heureusement, nous entretiennent depuis 20 ans sur « la défaillance du masculin », la crise de « l’autorité parentale », « le déclin social de l’image du père », mais on oublie trop souvent les violences intrafamiliales et les violences à enfant.

    Le CNAFAL l’a écrit et dit plusieurs fois : et si c’était la société patriarcale qui n’en finit pas de mourir ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit : Eric Zemmour nostalgique des temps anciens (le suicide français) l’a parfaitement compris : « La victoire de la révolution passait par la mort du père. De tous les pères. C’était la condition indispensable d’une révolution réussie ». En effet, toujours Zemmour, «  l’autorité parentale issue de la loi de 1970 est un oxymore – le père est éjecté de la société occidentale. Mais avec lui c’est la famille qui meurt » (sic)

    A la vérité, quantité d’hommes encore mais aussi de femmes ne veulent pas voir l’effondrement des modèles anciens de domination de sexe, de la crise des valeurs patriarcales à un moment où plus de femmes réussissent leur scolarité et leur avenir professionnel.

    A la vérité, nous vivons un temps long de rééquilibrage, de réaménagement des relations intrafamiliales.

    Si l’identité masculine se désagrège, l’identité féminine est en voie de construction vers l’émancipation.

    L’émancipation des femmes est la condition de l’émancipation des hommes (eux aussi prisonniers de rôles sociaux) et c’est bien vers un nouveau contrat de genre qu’il faut aller selon la formule d’Irène Théry en intégrant bien évidemment dans nos réflexions l’apport des nouvelles familles (raison pour laquelle le CNAFAL a soutenu sans défaillir, depuis 1990 l’APGL l’association des parents gays et lesbiens).

     

    Jean-Marie Bonnemayre
    Président du CNAFAL
    Membre du Haut Conseil de la Famille

    Le CNAFAL

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