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vendredi 21 novembre 2008
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DISCOURS D’OUVERTURE DU PRÉSIDENT ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU CNAFAL DU 24 MAI 2008

 

Voilà 1 an tout juste que nous avons un nouveau Président de la République, porte-parole et animateur selon ses propres mots d’une parole décomplexée. François Fillon, le premier ministre indiquant ces derniers jours que la droite avait repris « l’avantage idéologique sur la gauche ».

En effet, « le vieux monde entre guillemets » hérité de la dernière guerre mondiale à travers le pacte social issu du Conseil National de la Résistance et de la Libération est impitoyablement détricoté par tous les bouts. Les thèmes du déclin national, de la faillite de la France aussi bien sur le plan comptable que moral retrouvent les accents qui ont conduit la France à basculer dans le pétainisme. Dans un parallèle saisissant, ce gouvernement multiplie des lois liberticides, mène une chasse aux sans-papiers (dont on sait que 90% ont un travail) qui insécurise comme jamais les populations d’origine étrangère et provoque de plus en plus de drames humains. Tout comme en permanence, est agité le thème de la fraude aux allocations sur les minimas sociaux et la nécessite de contrôles renforcés qui visent uniquement les populations les plus pauvres.

On met en avant le travail, le mérite et la volonté. Dans l’idéologie Sarkoziste, le travail s’oppose à l’assistanat, c’est bien connu, les pauvres sont des feignants et coûtent cher à la société ; le mérite s’oppose au laisser aller général, il est symbole de la réussite individuelle car elle seule compte ; la volonté est censée secouer le fatalisme des français et surtout les faire travailler plus pour encore plus de productivité ; ce discours vise à faire partager comme seul objectif lavable la croissance économique « (j’irai la chercher avec dents, s’il le faut) » l’abondance marchande, l’afflux de capitaux et la nouvelle prospérité des riches seule capable « d’élever le niveau » de vie de tous. D’où le paquet fiscal de 15 milliards d’euros aux plus riches censé créer le « choc de confiance » salvateur. En fait, 12 mois après son élection, c’est la défiance totale qui règne comme jamais depuis le début de la 5ème république ; les heures supplémentaires défiscalisées pour les salariés en poste censées améliorer l’ordinaire et distribuer du pouvoir d’achat ont surtout pour effet de dissuader les entreprises d’embaucher et pour la première fois depuis 1984, le revenu de chaque français va baisser. Les économies budgétaires vont accroître encore le ralentissement de l’économie. La part des salaires dans le PIB français est tombée au niveau de 1929, mais le luxe insolent s’affiche de plus en plus. Une chaîne de télé numérique TV luxe y est même consacrée.

Le nombre de riches s’accroît et le nombre de pauvres à un rythme 100 fois plus grand. C’est vrai en France, c’est vrai en Europe, c’est vrai sur l’ensemble de la planète.

Pour ne pas avoir à parler de la question de la répartition des richesses, de la question des intérêts économiques d’une nouvelle classe de rentiers, on met en avant la valeur du travail pour les classes laborieuses. Car, cela va continuer. 31 milliards d’euros d’exonérations fiscales sont prévus au budget 2008 alors que plusieurs rapports de la Cour des comptes en ont montré l’inanité donc le peu d’efficacité pour la croissance économique ; elles ont surtout la vertu d’inciter à l’embauche des salariés rémunérés avec des bas salaires et donc à accroître encore la classe des travailleurs pauvres.

Je cite François Fillon « la politique de civilisation (c’est le concept mis en avant par Sarkozy) s’exprimera dans notre capacité à mieux partager les rentes et les profits ».

Les familles sont de plus en plus maltraitées !

Après l’épisode de la « carte famille nombreuse » de la SNCF pour laquelle l’État voulait récupérer 70 millions d’euros, c’est le tour de la majoration unique des allocations familiales à partir de 14 ans qui va affaiblir un peu plus le pouvoir d’achat des familles : 138 millions d’euros vont être économisés sur leur dos.

Faut-il rappeler que cet argent là émane des cotisations des salariés ; c’est donc du salaire différé qui doit revenir aux familles ; c’est donc une spoliation !

Déjà la faible revalorisation des prestations de 1% seulement au 1er janvier 2008 représente un recul par rapport à ce que les familles avec enfants étaient en droit d’attendre ne serait-ce qu’avec l’envolée des prix alimentaires, de l’essence et du fuel, du gaz, des biens et des services.

L’inflation qui repart à la hausse va paupériser de plus en plus de familles. Faut-il rappeler la lente dégradation du pouvoir solvabilisateur des aides personnelles au logement (les organisations de locataires estiment cette perte à 10 points en 8 ans !). Faut-il rappeler aussi l’érosion du taux d’intérêt servi pour le livret A de la Caisse d’Epargne pour lequel l’Etat a bafoué ses propres règles d’actualisation indexée sur l’inflation (-0,25% pour les familles).

Déjà l’État veut la mise sous condition de ressources des allocations familiales, veut réserver les allocations logements qu’à la tranche la plus basse des revenus sans considérer le taux d’effort pour le paiement des loyers lesquels se sont considérablement envolés ces dernières années.

Déjà des menaces existent sur les modalités de versement de l’ARS (allocation de rentrée scolaire) et sa modulation par cycle d’enseignement. Faut-il rappeler que 14 % des assurés sociaux selon d’IRDES déclarent avoir renoncer à se soigner pour des raisons financières !

Alors que 25% des enfants présentent un trouble visuel en classe primaire, la Ministre de la Santé envisage le désengagement complet de la Sécurité Sociale sans compter les problèmes de vision liés à l’âge.

L’avalanche de mesures est telle que l’on oublie les multiples franchises médicales et autres forfaits hospitaliers ; à l’année, le prélèvement se situe entre 350€ et 600€ pour un malade « moyen ». C’est 850 millions d’euros qui vont être récupérés à l’année sur les malades !

L’inflation évolue à un rythme de 3% mais les retraites ne sont revalorisées que de 1% et il en est de même pour les minimas sociaux. Chercher l’erreur !

Faut-il aussi rappeler que l’AAH reste en dessous du seuil de pauvreté et le restera malgré les 3,9% de revalorisation annoncée pour septembre prochain !

Les inégalités sociales que le CNAFAL n’a cessé de dénoncer depuis 2 ans sont devenues explosives :

 Un français sur deux gagne moins de 1500€ par mois mails les dividendes versés aux dirigeants des entreprises cotées au CAC 40 ont doublé en 7 ans ;
 Chaque année 180 000 dossiers de surendettement sont déposés auprès de la Banque de France et ce nombre augmente de plus en plus ; la cause essentielle est la baisse du pouvoir d’achat et « les accidents de la vie » ; Une étude de l’OCDE fait apparaître que ce sont 20% des foyers français les plus riches qui vont bénéficier de 70% du paquet fiscal ;
 28 milliards d’euros, c’est le bénéfice net cumulé des grandes banques françaises en 2006 mais pendant ce temps en un an le février 2007 à février 2008, le prix de l’énergie a augmenté de 12,3% ; le prix des produits pétroliers a augmenté en 2007 de 19,7% et les prix alimentaires en seulement 3 mois de novembre 07 à janvier 08 de 5% à 48% selon les produits !
 On estime le montant de la fraude fiscale à 40milliards d’euros par an mais dans le même temps, on va faire la chasse à la fraude aux prestations qui est résiduelle et se situe à 1% des allocataires et la commission des fichiers informatiques va régler le problème. Fort avec les faibles, faible avec les forts, tel est le constat malheureusement à tirer.

Nous pourrions continuer ainsi très longtemps tant la situation se détériore. Le CNAFAL comme l’UNAF par ordonnance du 6 mars 1945 est chargée de défendre les intérêts matériels et moraux des familles. Les deux dimensions ne sont pas séparables. Quand, la situation économique et sociale se détériore dans une famille, c’est tout son équilibre qui est remis en cause et bien souvent au bout du chemin, il y a l’éclatement de la famille, la perte de logement et des enfants en déshérence.

Lorsque le bien être essentiel des familles n’est plus assuré : logements, alimentation, santé, les dégâts sociaux sont de plus en plus grands. Nous sommes bien placés dans les UDAF pour dénoncer l’engorgement des commissions de surendettement, dans le domaine de la protection de l’enfance, pour le nombre de signalements d’enfants en danger, leur nombre augmente de 10% chaque année dont de plus en plus du fait des problèmes de précarité ; la délinquance de plus en plus juvénile des mineurs a quand même à voir avec la question sociale. Lorsque les familles sont ballottées d’hébergement temporaire en hébergement temporaire lorsque des familles éclatent du fait des conditions de précarité, c’est aussi des problèmes d’échec scolaire, d’absentéisme scolaire. Le discours de l’UNAF doit être rectifié politique sociale et politique familiale vont de pair. La famille ne peut se substituer à la première. N’oublions pas que c’est l’extrême misère des familles populaires et à l’époque nombreuses, la peur de révoltes sociales violentes qui ont aussi provoquer la création de ce que l’on a appelle à la fin du XIX siècle le mouvement familial.

Aujourd’hui comme hier, la question sociale est primordiale, elle est sur le devant de la scène et le CNAFAL doit s’en emparer sans complexes pour la porter à la fois à l’intérieur de l’institution et à l’extérieur dans un seul et même discours.

Le projet sarkoziste vise à placer la France comme un acteur important du capitalisme financier mondial d’où la mise en œuvre du démantèlement systématisé de l’Etat social et républicain : c’est seulement le moins d’état qui est prôné pour faire des économies, c’est aussi les attaques frontales contre les institutions de la République. L’école en premier et son corollaire la laïcité, la justice et son indépendance, les grands systèmes de solidarité : retraites, assurance maladie, assurance chômage, le code du travail, le statut de la fonction publique, la durée légale du travail, l’hôpital transformé en entreprise mise en concurrence avec le secteur privé. Le tout parachevé par la mise en coupe réglée des médias.

La question sociale est primordiale parce que si elle est étouffée, niée, ce déni, elle a pour effet de menacer la démocratie.

Pour le CNAFAL, la question sociale, la question démocratique et la question laïque ne sont pas séparables. Car, il y a aussi menace sur la démocratie :

Le vote du peuple souverain de 2005 sur la constitution européenne a été renvoyé aux oubliettes en 2 coups de cuillère à pot malgré les engagements des uns et des autres et pour reprendre pratiquement le même texte présenté dans un cadre différent.

C’est aussi, la démocratie sociale bafouée, le paritarisme dans la gestion d’établissement est remis en cause, les conseils d’administration des hôpitaux vont disparaître au profit de conseil de surveillance mais les directeurs seront seuls maître à bord, le même projet existe pour ce qui concerne les caisses d’allocations familiales, tout cela est à mettre en rapport avec le renforcement du rôle des Préfets de région, l’émergence des futurs agences régionales de santé qui auront tout pouvoir sur l’ensemble du champ médico-social, car c’est toute l’action sociale qui est aussi dans le collimateur et nos associations peuvent se sentir directement menacées par les nouvelles règles du jeu qui vont être imposées.

Je rappelle que c’est quand les solidarités sont brisées que l’idéologie extrémiste fait son apparition. La démocratie est menacée quand on autorise la main mise sur la presse par les patrons du CAC 40. Je cite Sarkozy « on ne peut pas dire que la presse est une industrie et refuser d’avoir des actionnaires pour financer cette industrie ».

Autrement dit, circuler y a rien à voir. Justice d’exception pour l’immigration et le pouvoir politique trouve que les juges font trop respecter le droit d’où les tentatives récurrentes de simplifier le droit et de procéder par une justice purement administrative. La promotion du « contrat » sur le concours pour le recrutement des fonctionnaires vise à mettre en place une catégorie de gens serviles et devoués servant les intérêts de la classe dominante. L’Etat abandonne son rôle régulateur et il a besoin d’affaiblir et d’user les forces syndicales et associatives.

Des menaces existent sur les financements des associations : l’ACSE à peine installée en décembre 2006 va être refondue, la politique de la ville à travers l’ANRU remise en question, le regroupement d’employeur , les conventions d’objectifs visent à la concentration des moyens sur quelques associations.

Question sociale, question démocratique, la question laïque revient aussi en force. Dès 2004, Sarkozy a émis le projet de réformer la loi de 1905 et de remettre en selle les religions comme élément régulateur de la société : les discours de Latran et de Ryad ne sont pas des dérapages verbaux tout comme sa sympathie manifeste auprès des tenants de l’église de scientologie.

Lorsque les libertés, la justice sociale, l’égalité, les règles du jeu démocratique sont remise en cause, que la situation économique se dégrade de plus en plus, lorsque on brise les collectifs, lorsqu’on oppose les groupes sociaux les uns aux autres, on a besoin de ressortir la religion comme élément de lien social. Du moins, c’est le calcul délibéré du Président actuel.

Cela nous oblige aussi à être offensifs sur cette question et le CNAFAL a tous les atouts pour cela. Le CNAFAL est né de la volonté de lier systématiquement la question sociale, la question démocratique et la laïcité.

En effet :

La laïcité, c’est un choix de société et la condition de la paix sociale et du vivre ensemble. C’est le choix entre l’intérêt général et la conviction individuelle.

La laïcité, c’est une règle de vie démocratique : elle impose que soient donnés aux hommes, sans distinction de classe, d’origine, de confession les moyens d’être eux mêmes libres de leurs engagements, responsables de leur épanouissement et maîtres de leurs destins.

La revendication laïque est née là où l’église catholique romaine a voulu imposer un pouvoir totalitaire au sens strict du terme, c’est-à-dire englobant tous les aspects de la société. L’église catholique s’est toujours enfermé dans les refus de tout mouvement émancipateur parce qu’elle estime que l’homme est incapable par lui-même d’assumer les efforts de sa liberté absolue de conscience. C’est normal, elle n’a pas foi en l’homme. C’est pourquoi tous les grands combats pour la liberté et la justice sont porteurs de l’existence de laïcité ; la laïcité, c’est l’émancipation à l’égard de tous les dogmes fussent-ils économiques et présentés comme des règles absolues. Chaque fois, qu’il y a renoncement à agir par rapport aux pouvoirs dominants, c’est un affaiblissement du cadre laïque, dans lequel nous évoluons qui se produit.

La laïcité vise à développer en l’être humain dans le cadre d’une formation intellectuelle, morale et civique permanente, l’esprit critique ainsi que le sens de la solidarité et de la fraternité.

La laïcité tend à instaurer une société humaine, favorable à l’épanouissement de tous, société d’où serait exclue toute exploitation ou conditionnement de l’homme par l’homme, tout esprit de fanatisme, de haine ou de violence.

Le seul mode de développement social, c’est l’intégration, c’est-à-dire la participation de tous à une collectivité de citoyens libres et égaux en droits et en devoirs. Aucun groupe, aucun parti, aucune secte, aucune église ne peut prétendre pénétrer le fonctionnement de la société républicaine.

Le caractère laïque d’un pays se reconnaît à l’indépendance de l’Etat et de tous les services vis-à-vis des institutions ou des influences religieuses.

Dans un monde caractérisé par le plus profond bouleversement des structures économiques, politiques, sociales, et culturelles qu’on ait connu depuis des siècles, la laïcité apparaît comme la réponse aux déracinements, aux pertes d’identité, à la vitesse des changements ; que faire pour remédier à l’inquiétude, à l’angoisse, à l’indifférence, à la violence, à l’abandon de responsabilité, la laïcité peut apprendre aux individus à coopérer, à trouver les modalités d’une bonne entente et à harmoniser leurs différences.

La Laïcité n’est pas une notion passéiste, elle est au contraire condition du progrès, synonyme du progrès. Elle porte en elle une morale personnelle et une éthique sociale. Elle est action et volonté, voire résistance, résistance face à la facilité du renoncement, au confort de la pensée unique.

Je vous appelle à entrer en résistance.

Jean-Marie BONNEMAYRE

 
 
Publié le jeudi 29 mai 2008

 
 
 
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